mercredi 6 mars 2013

Κελί, Θανάσης Χατζόπουλος







Έξοδος                                                                                                                             Sortie

Κι εἶναι καλύτερα ἀπ᾽ τὸν Παράδεισο                                                  Et mieux vaut sortir du   Paradis                
Νὰ βγαίνεις                                                                                                            Fort de la connaissance
Μὲ τὴ γνώση καὶ διπλωμένες τὶς φτεροῦγες                                    Et les ailes repliées
 
Γιὰ κεῖ ὅπου τεκταίνονται οἱ ἀδικίες                                                     Pour aller là où s'ourdissent les torts
Τὰ κρίματα, τὰ πλημμελἠματα                                                                 Les fautes, les délits
 
Οἱ φόνοι                                                                                                                     Les crimes
 
Ἡ ἀπομάγευση τοῦ κόσμου                                                                          Où se défait la magie du monde

 Κελί, Θανάσης Χατζόπουλος                                                                                 Cellule, Thanassis Hatzopoulos,
                                                                                                                                           traduit du grec par Alexandre Zotos 















































photos : Scenic Boys








































                                    

lundi 4 mars 2013

les bêtes à bon dieu s'enculent aussi

je m’apprêtais à vivre dans une indifférence totale, et combien salutaire, ce Woodstock cardinalice en effervescence à Rome pour désigner la nouvelle idole des jeunes.
je pensais, j'espérais même, en avoir fini de mes bondieuseries. mais je suis carrément rattrapé par le lobby gay. oui, oui : le lobby gay, celui qui vient d'attaquer sournoisement le Vatican.
figurons-nous nos bons pères les mains bien jointes et tout accaparés à la préservation de nos âmes, dans l'univers cosy-feutré que leur concocta, entre autres, Donato Bramante, soudain pétrifiés  à l'annonce de cette présence satanique si proche. vade retro lobby gay ! décrétèrent, nous dit-on, les trois pétulants enquêteurs du Saint Siège. cardinal Julian Herrantz Casado, 82 ans, cardinal Jozef Tomko, 88 ans, et le bébé, cardinal Salvatore di Giorgi, 81 ans.
j’imagine que parmi les nombreux démons qui apparurent à ces trois là au cours de leurs exhaustives auditions, il a fallu faire un petit tri, et je pense que l’on n’a pas mis en avant le plus épouvantable, mais sans aucun doute le plus en adéquation avec l’air du temps et les préoccupations de l’Eglise catholique et romaine. un scandale de cul c’est toujours plus à la portée de la compréhension des masses que des collusions avec la mafia, vatileaks ou l’héritage moral de la banque Ambrosiano. et puis casser du pédé ça reste bon pour l’image d’un prélat.
mais moi, « lobby gay » j’ai pas compris. que des homos se tapent du curé plutôt bien placé dans la hiérarchie, ça me paraît banal. autant que les putes, les maîtresses cachées et le reste. que certains et certaines, les moins scrupuleux certes, exercent un chantage sur les bénéficiaires du service rendu, ce sont des choses qui arrivent quand on n’est pas prudent. mais pourquoi « lobby » ?
et pourquoi donc l’expression a-t-elle été reprise partout sans plus de critiques ni explications ? ça m’a semblé un peu raide de vouloir encore faire jouer aux pédés le rôle des méchants et aux bons pasteurs celui des éternels gentils parce que éternelles victimes. les martyrs du cul dans leurs robes rouge et noire affrontant sous le regard du Christ juge leur misère humaine...
une chose est sûre le lobby en question n’agissait visiblement pas pour l’intégration évangélique de la communauté gay.

la crise, la Grèce



j'ai écouté Michel Serres parler de la crise : 
Le mot crise vient du grec crinô qui, justement, signifie juger. Expliquer le sens d’un terme permet parfois d’éclaircir ce qu’il désigne. Exemple : un critique de théâtre raconte la pièce un peu,(...)finit par la dire excellente ou mauvaise(...); le critique de cinéma juge le film navet ou génial. En quelque façon, il installe un tribunal. Ainsi le mot crise laisse voir son origine juridique. Michel Serres (Le Temps des crises)
κρίνω  : 1er sens faculté de distinguer, 2ème sens : action de séparer, 3ème sens : décider, d'où jugement, condamnation. par extension : choisir, trier. (définition Bailly).
juger c'est δικάζω
juger suppose l'existence d'une faute condamnable et l'application de sanctions à l'encontre de son auteur. la crise semble devoir désigner le fléau légitime qui frappe les auteurs du mal.
l'usage associe les trois sens. la crise a des vecteurs actifs. ce n'est pas un phénomène spontané venu de nulle part. plus qu'au grec la mode étant au latin : Gigni de nihilo nihil, in nihilum nil posse revert écrivit Lucrèce, rien ne sort de rien, et rien n'y retourne. c'est au contraire le processus mis en exécution par des individus de chair et de sang, acteurs et contrôleurs conscients et identifiés du pouvoir. concernant le pouvoir je citerais Michel Foucault : le pouvoir est partout; ce n'est pas qu'il englobe tout, c'est qu'il vient de partout. Et le pouvoir dans ce qu'il a de permanent, de répétitif, d'inerte, d'autoreproducteur, n'est que l'effet d'ensemble qui se dessine à partir de toutes ces modalités, l'enchainement qui prend appui sur chacune d'elle et cherche en retour à les fixer. (La Volonté de Savoir). 
de ces modalités nous pouvons retenir les armes, les idéologies, la science, ou encore l'argent, dénommé la finance ou l'économie. mais quelque soit la pertinence du moment, ou pour encore citer Foucault : la situation stratégique complexe dans une société donnée, la voix du pouvoir se manifeste pour imposer ses choix, en détruisant l'idée même d'alternatives. la force du pouvoir est de ne pas avoir à justifier la primauté de sa parole, il assure le discours et sa diffusion, il détermine la vérité élevée en évidence. le pouvoir est le maître du discours, du vice et de la vertu, du non et du oui, du bien et du mal. il est juge aussi. et comme la loi l'impose chez nous, on ne commente pas une décision de justice.
le pouvoir coexiste avec sa mise en forme, sa mise en forme détermine les rapports humains. nous vivons soumis au capitalisme mondialisé dont le commun dénominateur est le profit financier. c’est sur le profit que repose le capitalisme, sa mécanique de survie, son fonctionnement, sa régénération et son adaptation permanente.
de telles évidences ne semblent plus reléguées au niveau des radotages marxistes, la crise a eu ce mérite de les mettre en lumière ; d’en banaliser la brutalité et les méthodes de rapace.
la crise est en constante activité, organe du système, sollicité normalement comme régulateur. c'est un fait de peur sociale latente qu'il suffit de chatouiller pour maintenir, dans ses cadres sociétaux rigoureux, la liberté individuelle. son exacerbation puis le nom qu'on lui donne dépendent des faiseurs les plus influents qui en orientent les manifestations selon leur intérêt immédiat. l'installation dans la durée d'un état paroxysmique comprend une volonté de destruction d'un contre pouvoir potentiellement dangereux pour le pouvoir en place.
comme une tête de Méduse coiffée d'une multitude de serpents, la foule des crises possibles est là pour pétrifier l'insoumission avant qu'elle ne remette l'ordre des choses en question. c'est un chantage à l’immanence du pire. la crise qui émergera d'un conflit ouvert sera plus virulente que les autres, sans se dissocier d'elles cependant. la guerre est une expression évidente, elle impose le silence à ses détracteurs, tandis que tout est permis pour parvenir à ses fins, tels que le conditionnement des masses, les exactions de terrain, ou la réquisition des êtres et des biens. elle s'émancipe du droit régulateur coopté pour privilégier le droit du plus fort, ressort spontané du rapport humain. l'état de crise justifie l'autoritarisme et la régression, il suppose la détermination d'un coupable dont le châtiment devient exemplaire autant qu'expiatoire.
pérenniser l’état de crise revient au même qu’une déclaration de guerre. identification de l’ennemi, intervention d’armes appropriées à la cible. seul diffère le traitement visuel, l’objectivation du conflit; en place des plans de batailles, les plans de rigueur font tout autant de victimes, directes ou non.
le capitalisme de crise s’est déplacé sur la finance puisque c’est le domaine où les profits seront les plus juteux.
l'actuel credo des peuples commence par : je crois en la Crise, à l'obligation des nations de réduire leur dette publique, j'admets la nécessité du retour à la croissance continue, à l'exigence de réduction des déficits, je souscris aux dogmes de la compétitivité et de l'austérité salvatrice, j'accepte les exigences de la finance qui feront de nous des hommes meilleurs, quoiqu'il m'en coûte je soumets ma pensée aux ordonnateurs de l'économie mondiale qui me dépasse, car je sais que eux seuls ont la connaissance et le savoir. comme je me plie devant ses sacrificateurs car eux seuls ont la conscience de l'action à mener.
que nous proposions d'autres options et nous voilà en plein blasphème. Joseph Stiglitz ou Naomi Klein font figure d’hurluberlus boboïsants  et déconnectés. évoquons le recours à une écologie politique véritable, on passe pour utopistes et archaïques. remettre en cause la priorité accordée au capital sur le partage inéquitable de la valeur créée ferait de nous des terroristes en puissance. ces arguments sont d’autant moins recevables dans le système de pensée actuel qu’ils dénoncent tant l’illusion qu’entretient le monde de la finance que l’ubiquité de la peur qu’il inflige artificiellement aux peuples.
mais qui se cache pour assurer à la pensée de crise une influence en conformité avec ce credo de la finance. une vieille noblesse? des bourgeois d'entreprises capitalistes? des rentiers insouciants? des artistes fortunés? des boursicoteurs classe moyenne?  des politiciens de droite ? non, ceux là sont des pions interchangeables, des gestionnaires bas de gamme, des gagnepetits ; les éparques triomphants de la crise sont des démerdards assez futés pour investir leur incompétence dans le talent des autres. émerveillés par leur juteux monde-casino, territoire globalisé de leur pulsion aux gains, ils y jouent l'humanité entière, faisant tomber les têtes au gré de leur avidité capricieuse, ce besoin insatiable de se gaver, de susciter l'envie jusqu'à la convoitise, jusqu'au manque dans un monde où le consommateur s’est substitué au citoyen. ils détruisent l’équilibre naturel du monde livré à leur ambition, assassinent les cultures qui les menacent. cette gouvernance a besoin d’uniformiser pour dominer toujours. la mutation de milliards d’êtres humains en Myrmidons disciplinés; peuples-fourmis assujettis dont le centre gravitationnel se réduit aux seuls comportements économiques pathologiques de ces chefs enragés.
είστε τεμπέληδες και διεφθαρμένοι , dit on aux Grecs, vous êtes paresseux et corrompus. il s’agit effectivement de maux-péchés capitaux, non des moindres, ce concentré de critique comportementale, exprime à sa manière une réalité culturelle telle qu’on la perçoit et telle qu’on veut qu’elle soit perçue. ce novlangue est traduisible par : votre temps ne vous appartient plus, votre société est mauvaise.  au père de la sociologie, Emile Durkheim, d’affirmer « lorsqu’un vice moral attente gravement au contrat social, la société a le devoir d’exclure et le vice et les vicieux ».
les rouages sous-jacents des économies méditerranéennes échappent aux contrôleurs, venus de Berlin, de Bruxelles, de la BCE ou du FMI, tous on besoin de clarifier d’abord pour maîtriser ensuite ces données insoumises. s’engage le processus immuable de mise sous tutelle que nous constatons à l’œuvre depuis cinq ans au prétexte d’un vice à éradiquer. pourtant des années durant, dans un élan curieux de bienveillante complicité, les dictateurs de l’économie, le nec plus ultra de la finance mondiale, The Goldman Sachs Inc., a permis aux politiciens grecs attitrés, assez stupides et corrompus pour se croire de leur monde, d’aller au-delà de leurs ambitions mensongères ; leurs petits calculs d’arrière boutique soudain au firmament des exercices comptables des hautes sphères de la finance. vieille cuisine que faire croire aux imbéciles qu’ils sont intelligents, établir en commun des chiffrages si farfelus qu’ils ont franchis tous les contrôles des instances européennes et mondiales concernées. des truquages de potaches qui ont satisfaits le gratin budgétaire, bancaire, monétaire, boursier, capitaliste, libéral, néo-libéral, socialiste. et Eurostat bien sûr, couteux organisme qui expertise les finances des pays de l’Union. union sacrée de la débrouille.
il faut remonter aux années qui précèdent l’entrée dans l’euro zone. comment? quand? et qui?, voilà ce qui agite les neurones politiques des décideurs.
en 1996 la Grèce surprend quand elle exige que les caractères grecs figurent avec les caractères latins sur la future monnaie. le ministre allemand des finances résume la surprise générale en demandant à son homologue grec : vous comptez entrer un jour dans l’euro ?
deux ans plus tard la Grèce ne fait pas partie des pays retenus pour l’aventure. les critères économiques sont mauvais, ceux-ci ont été définis en 1992 par le traité de Maastricht. dette et déficit publics contenus sous un seuil fixe, inflation maîtrisée, convergence des taux d’intérêts. la Grèce est d’ailleurs le seul qui n’en satisfasse aucuns.  
néanmoins le ministre des finances français, un certain DSK, s’éblouit des prouesses économiques grecques, à son actif la drachme fait son entrée dans le mécanisme des taux de change européens qui regroupe ainsi les treize monnaies destinées à fusionner dans l’euro. le premier ministre grec d’alors, Simitis, socialiste ami, fait déjà preuve d’une bonne volonté exubérante : privatisations, salaires bloqués, nouveaux impôts, austérité. Simitis a tout compris. si bien qu’en 1999 le Conseil de l’Union, sur recommandation de la Commission, entérine le fait que la République Hellénique n’est plus soumise à un déficit excessif. aux élections législatives anticipées le PASOK n’est gratifié que d’une petite victoire. Moody’s relève généreusement la note du pays, la bourse d’Athènes s’euphorise... l’idée, reprise par les médias, du miracle grec, se répand.  les J.O. sont à l’horizon, les rapports économiques positivent l’élan  amorcé. on se cache en fait une évidente réalité, mais les sceptiques n’ont pas la parole, ils ne sont là que pour assurer le coup au cas où ça ne marcherait pas. il s’en trouvera toujours un pour lancer un amer : je vous l’avais bien dit !
pendant ce temps Le Monde, Le Figaro, ou le Financial Times, officialisent le satisfecit général dans de prestigieux et dithyrambiques encarts. un ouvrage sorti en 2002 aux éditions du CNRS s’intitule pudiquement : « le miracle athénien au XXème siècle »...
l’heure est à la fête, les chiffres grecs sont faux, et personne n’a encore conseillé le pouvoir en place pour assurer la supercherie, déplacer les chiffres dans les colonnes de comptes, intégrer dans les rentrées présentes d’hypothétiques sommes à venir. dévoiler alors les petits truquages de la Grèce aurait bien pu attirer l’attention sur les arrangements économiques internes de chacun des douze autres ...
la Grèce a toutefois un handicap visible autant que rédhibitoire, qui aurait dû la laisser durablement à la porte de l’euro : sa dette. l’Italie, la Belgique et l’Espagne se trouvant dans une situation bien pire les eurocrates, soutenus par la majorité des politiques, ferment les yeux. quant aux incrédules on leur titille la fibre émotionnelle : la Grèce mémoire intellectuelle de l’Europe, ce miroir antique dans lequel elle peut s’imaginer en gloire politique et morale... la Grèce patrie spirituelle de l’Europe, quel mauvais coucheur viendrait douter de son honnêteté ?
en mai 2000 elle obtient son laissez-passer, malgré la droite allemande, l’extrême droite et la gauche de la gauche. parmi ces derniers le député Dimitrios Koulourianos  s’exclamera : c’est le grand plongeon ! 
la même année Goldman Sachs entre en scène. le charognard n’attend pas quand il a trouvé sa pitance, il l’enterre, se la réserve pour ses moments de faim. la Grèce reçoit des fonds qu’elle engage sur ses biens. 2000 : les recettes des jeux d’argent. l’année suivante : les taxes d’aéroports. peu à peu le pays hypothèque tout ce qui lui tombe sous la main, aéroports, autoroutes...etc. dans la comptabilité officielle il s’agit de « ventes », le mot emprunt ne figure pas. le montant de la dette est réduit en apparence, c’est l’essentiel pour tout le monde. personne d’ailleurs ne va voir de trop près. le gouvernement grec fait pourtant publiquement état de ces opérations... un peu limites. et Goldman Sachs aurait lui aussi averti Eurostat...
un montage financier, celui de 2001 porte le nom du dieu du vent : Éole, tout un programme !


le coût pour la Grèce est énorme, les commissions pour GS copieuses. pour l’Europe le résultat est irrémédiable au niveau crédibilité. la puissance publique s'incline devant la finance.
quand tous s’accordent désormais pour déclarer l’échec et la nuisance des politiques d’austérité, on doit comprendre que l’échec est bien plus rentable que le succès pour ses auteurs. des centaines de milliards d’euros que la Grèce se voit dans l’obligation de mendier, l’intégralité retourne à ses « bienfaiteurs » sous forme d’intérêts sur les prêts précédents. de prêt en prêt, aux intérêts toujours plus exorbitants, la Grèce disparaît de la surface du monde. la cession des biens nationaux à des consortiums étrangers a depuis longtemps dépassé les limites du concevable, l’ingérence institutionnelle s’est substituée à la démocratie parlementaire constitutionnelle, le remplacement par des services privés, extérieurs et couteux, des services de l’Etat Grec s’est systématisé.  la subrogation de toute l’administration à des inspecteurs étrangers la paralyse plus encore... etc.
le chiffre officiel du chômage s’approche des 30%, les fermetures d’entreprises se quantifient autour de 1000/semaine. parler de misère est un euphémisme, on peut commencer à sérieusement envisager les termes de déshérence sociale et de famine. broyé de toute part, le pays est une béance infâme qui pue la mort. le fascisme peut faire son nid.  reconnaissons que la Grèce moderne, (on se croit obligé de le préciser), n’a jamais intéressé personne, elle n’est que l’ombre d’un pays mémoriel et prestigieux fabriqué par des antiquisants inspirés. déjà au XIXème siècle c’est pour préserver l’antique de contemporains jugés trop incultes qu’on l’a pillée sans vergogne. 
la Grèce de 2013 est un pays décomposé, qui trouve encore, sporadiquement, la force de se battre. elle puise ses ressources dans son histoire tant les épreuves ne lui ont pas été comptées. elle les puise aussi dans sa forte identité, et, à mon avis c’est cette identité que vise la crise. le nivellement, l’uniformisation, la disparition des particularismes culturels. la Grèce n’est pas assez européenne vue à travers le prisme bureaucratique qui sert à l’étalonnage des cultures. dans les années 70 ses politiciens ont fait le choix de l’Europe, donc de l’Occident, pensant peut-être résoudre ainsi son orientalisme coupable, rentrer dans le moule culturel pour se valoriser.
j’avais, en 1980, accompagné mon frère au marché d’Athènes, il agissait au titre d’eurocrate inspectant l’agriculture du futur état européen. à chaque pas il s’épouvantait d’avantage, s’horrifiait de ce qu’il voyait, ses calibrages intellectuels ne lui permettaient que de répéter : absence d’hygiène, désorganisation, ils ne sont pas prêts, ils n’y arriveront pas...., il me parlait devant des fruits et légumes des solutions que la CEE envisageait alors pour permettre une intégration non concurrentielle : destruction des récoltes et indemnisations.
la faute grecque c’est son orient culturel, ce qu’elle est au présent. intrinsèquement. cela lui vaut toutes ces humiliations auxquelles elle sacrifie comme le ferait n’importe quel miséreux. offerte aux plus offrants, marchés officiels ou non, fortunes privées ou non. elle accepte tout tandis qu’inexorablement le défaut de paiement se profile, qui peut l’ignorer encore ? la faillite du pays et ce sera le chaos. encore... l’Aube Dorée est un nom de la mort.
mais la honte sera pour ceux qui l’ont conduit jusque là. cette prétendue corruption qui ne toucherait que les politiciens grecs, n’en impose guère à côté de l’hypocrisie et de la lâcheté des nôtres, sans parler de leur défaillance en matières économiques, ayant pour seul horizon leur calendriers électoraux.
bientôt l’Union Européenne aura elle aussi vécue, et le chemin du chaos nous l’auront pris chacun notre tour.

jeudi 14 février 2013

L'Assemblée a adopté...

RAFI PERETZ
je cherchais quelque chose de joyeux qui illustrerait mon état d'esprit après ce long débat à l'Assemblée. j'en ai oublié qu'il y a encore bien peu de temps j'imaginais naïvement n'être pas concerné... merci à la bêtise pour ce petit rappel qui me permet de caser Bakounine : la liberté des autres étend la mienne à l'infini. ce sera donc naïf et joyeux, et ça se passe de commentaires. sinon d'aller se réchauffer en regardant les peintures de Rafi Peretz.

mardi 12 février 2013

Pape et homosexualité, le sale engrenage Radzinger




méditons donc.
depuis 1998, sous le pontificat de Jean Paul II qui a Joseph Radzinger pour plus proche conseiller, la répression de l’homosexualité a connu quatre épisodes notoires. cela débute par le suicide de l’écrivain et ancien séminariste sicilien Alfredo Ormando.
revenons en 1981, Radzinger est nommé par le pape Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ministère, (ou dicastère pour parler romain), extrêmement en vue à un moment où nombre de voix progressistes se font entendre au sein de l’Eglise catholique. sa mission, « promouvoir et protéger la doctrine et des mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique », fait rapidement de lui le champion de la chasse aux théologiens de la libération, désormais officiellement réprouvés. dès l’année suivante l’Opus Deiobtient du Vatican ses statuts définitifs, entre autres de ne dépendre que du pape,  L’expression intégriste la plus vigoureuse au sein de l’Église,comme le qualifie le théologien Hans Urs Von Balthazar, échappe ainsi aux accusations de secte. S’il parvient à museler les voix dissonantes à l’intérieur de sa chapelle, il n’entend pas non plus les autres Églises chrétiennes, et se montre rétif à tout effort œcuménique. je pense inutile d’aborder sa conception des autres religions...
c’est au cours d’un discours prononcé en décembre dernier devant la Curie Romaine qu’il lance son dernier anathème homophobe. s’inspirant directement des écrits du rabbinBernheim, Grand Rabbin de France, radicalement hostile au mariage pour tous, l’Église redit son grand « oui » à la dignité et à la beauté du mariage comme étant l'expression d'une alliance fidèle et féconde entre l'homme et la femme, le mariage homosexuel en portant atteinte à l’union naturellemenacerait autant la vérité que la paix. de son trône il invitait de la sorte les fidèles à se battre contre ce qu’il présentait comme une déviance contre nature. ce qu’il reprend et développe dans son message lu à l’occasion des Journées Mondiales de la Paix, le 1er janvier 2013 :
La structure naturelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c’est à dire l’union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d’unions qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable... Cette action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, car cela constitue une offense faite à la vérité de la personne humaine, une grave blessure infligée à la justice et à la paix.
le dimanche 16 décembre 2012 une quinzaine de personnes se sont manifestées sur la Place Saint Pierre pendant l’angelus, ils entendaient protester contre l’homophobie vaticane en brandissant quelques pancartes indiquant : « Joseph, on t’aime » « homophobie=mort » « le mariage gay ne menace pas la paix. les armes oui ». ce qui a stupéfié le monde c’est la réaction de la police italienne associée aux gardes du Vatican. après confiscation musclée puis destruction de leur matériel de propagande, ils se sont vus conduits et retenus au poste, traités comme des terroristes pendant plus d’une heure, au prétexte d’avoir commis, aux yeux de l’Eglise, une abomination et non un simple flash mob. ce type de manifestation est fréquent mais c’est la première fois qu’il suscite une telle répression.
le 13 janvier 1998 : Alfredo Ormando s’immole par le feu sur la Place Saint Pierre pour protester de l’attitude de l’Eglise à l’égard des homosexuels. il meurt après 10 jours d’agonie, officiellement on donne à son geste des motifs familiaux. la date de sa mort est devenue Journée Mondiale pour le Dialogue entre les Religions et l’Homosexualité, son sacrifice aurait pu servir à quelque chose, mais le Vatican a toujours boudé ces rencontres sous l’efficace pression de Monseigneur Ratzinger..
le 03 août 2003 : nouvelle sortie choc du Cardinal-Préfet au nom de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), Les unions homosexuelles sont nocives pour le développement de la société, la tolérance du mal est très différente de sa légalisation. c’est que, arque boutée tant sur les Ecritures que sur l’Institution Romaine, la CDF prépare un arsenal argumentaire visant à contrer ce projet venu de Bruxelles qui tendrait à promouvoir le mariage pour tous en Europe.

dès lors la Curie ne se cache pas de faire pression directement sur le gouvernement italien face à un éventuel projet de légalisation, mais elle ne se prive pas d’adresser des messages clairs à tous les gouvernements. de même, partout en Europe, l’Eglise s’active à tous niveaux pour que, du paroissien de base au sommités dirigeantes, chacun s’arme contre la monstruosité à venir. la lutte n’a pas été facile pour les militants d’ARCIGAY, plus que tout autre présents sur ce front contre l'homophobie vaticane.


l’association des croyants gay Emmanuele déclare à propos du travail de la CDF  quil n'a pas été créé à l'écoute de la personne, mais d'une réflexion détachée de toute référence à la vie, dogmatique et impérative. le résultat d'une théologie conservatrice qui prétend entrer dans les consciences des hommes et au sein du gouvernement. Il s'agit d'une régression par rapport à la grande liberté et ouverture du Concile Vatican II. Mais le peuple de Dieu prend maintenant une direction différente de cette théologie.

le 08 12 2008 : le Pape Benoît XVI s’est exprimé négativement au sujet de la proposition française à l’ONU de dépénaliser l’homosexualité, dans l’enceinte de l’Assemblée Monseigneur Migliore oppose le véto du Vatican en son nom. une manifestation LGBT spontanée se regroupe sur la Place Pie XII (frontière entre l’Italie et le Vatican) pour exiger leurs droits. Gay in Piazza est né. la manif évolue en sit in puis veillée aux chandelles au cours de laquelle sont commémorés les homosexuels qui dans 80 pays sont tués, torturés et emprisonnés du seul fait de ce qu’ils sont. la députée transgenre Vladimir Luxuria présenta un nœud coulant pour symboliser la fraternité internationale des gay, puis demanda une audience auprès du Pape qu’il n’a jamais obtenue, bien sûr.en 2008 neuf pays appliquaient la peine de mort à l'encontre des homosexuels.
le 14 décembre 2012 : le Pape reçoit et béni Rebecca Kadaga promotrice de la loi qui instituera la peine de mort pour les homosexuels en Ouganda. loin de s’émouvoir des réactions qu’il provoque, sa nouvelle amie semble l’inspirer quand trois jours plus tard il anathémise le principe de mariage entre personnes de même sexe.
voici un résumé de la carrière et un aperçu du profil de celui qu’on nous présente à l’envie depuis deux jours comme un très grand théologien, un humaniste doué d’une écoute extraordinaire. cet homme est une souffrance et une insulte permanente pour tous les homosexuels, croyants ou non. en 2013 six pays appliquent la peine de mort pour homosexualité réelle ou supposée, et dans plus de 60% l'homophobie a force de loi, et ailleurs nombreux sont ceux qui se sentent autorisés à y penser très fort. les prises de positions tranchées du premier des catholiques ne sont pas étrangères à cet état de fait.

dimanche 10 février 2013

...Καίτη Μπελίντα "λατρεία μου"


λατρεία μου, ça veut dire "mon amour". dans quelque langue que ce soit, ce sont des mots que je souhaite à tous d'avoir prononcé un jour. en avoir connu le vertige, l'implicite abandon de soi qu'ils supposent. cet instant de transcendance qu'ils inscrivent dans une relation, ce "point phosphoreux où toute la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée, et par quoi ??? : un point de magique utilisation des choses." pour citer Artaud.
voilà que tous ces derniers jours, privé de mon amour, je me suis laissé absorber par le débat à l'Assemblée Nationale, de bruit de fond, l'émission est devenue le moment fort de mes journées. voir vivre, dans son cadre naturel rouge et or, cette petite communauté d'élus, donc de gens bien, s'imaginant débattre du droit des autres m'a positivement ravi. moi, jadis farouche opposant du mariage en tout genre, il m'a d'abord fallu déminer mes propres contradictions. assumer mon propre débat interne. dilemme vite résolu à l'écoute de l'argumentaire réactionnaire. en effet, le mariage ne fut qu'un prétexte, et très vite ces esprits supérieurs y substituèrent des termes repoussoirs : PMA, GPA comme autant d'alarmantes poupées vaudou toutes prêtes à nuire, chacune représentant, dans l'exposé, l'aboutissement dramatique du danger homosexuel. mais aussi le danger de la science, cette folie sur laquelle on s'appuie sans en rien maîtriser, et pire encore, dont les lois s'opposent diamétralement à celles de la Nature éternelle et matricielle si souvent invoquée ces jours-ci. le ridicule absolu de certains intervenants venant opportunément garantir le sérieux de leurs complices. comme au théâtre. affaire de dosage, la pièce fut bonne, de toute façon la fin était connue de tous.
cependant comme dans toute farce, il y a, par sa négation même, le point de vue tragique qui l'inspire. ce drame social dont émane son délire.
vu de mon coin, le fait de remettre en cause l'actuel cadre social ne me pose pas problème intellectuellement, même s'il en va parfois différemment au quotidien... mais le risque de l’émergence de l'affirmation homosexuelle dans les dogmes de la morale petite bourgeoise est patent. ce système patiemment élaborée des siècles durant sur des axiomes judéo-chrétiens arrangés et des classifications d'Ancien Régime, reprend à son compte le modèle de la Valeur Morale partagée garantissant l'aliénation des petits et interdisant l'émancipation des différences. l'argument qui fait du mariage pour tous le ralliement d'un groupe marginal à ces valeurs n'illusionnera qu'un temps les plus crédules. la revendication réelle est la visibilité sociale, la normalisation, la banalisation. il ne s'agit pas d'un phénomène de groupe mais d'un phénomène humain beaucoup plus ample qui induit de larges évolutions culturelles. il n'y a de ralliement qu'à l'individualisme qui est la revendication dominante depuis près d'un siècle. la liberté individuelle est une notion tellement neuve que le législateur lui court sans cesse derrière pour en imaginer des contours. 
le mouvement s'accélère, la libération serait-elle proche? à en croire les argumentaires déroulées contre nous, cette proximité me semble devoir se compter sur des échelles de temps géologiques

maintenant tango et instants de poésie pure :

mercredi 6 février 2013

les ébats des antis du débat


j'ai toujours pensé de la foi qu'elle devait demeurer du domaine de l'intime, tout au plus du privé. si certains, c'est concevable, ont besoin de la religion pour exprimer le lien social que cela représente à leurs yeux, il me semble extrêmement juste de contraindre ses manifestations en des places et des temps dévolus. pour ne pas paraitre extrêmement coercitif j'ajouterai que seule la liberté des consciences justifie cet encadrement rigoureux.
le fait est que chargé d'une histoire si lourde, combien de fois terrifiante, ou plutôt que l'édifier il rabaissa l'humain à ses plus basses passions et s'employa à le maintenir dans une dépendance mentale pathologiquement idiote et économiquement avilissante, le fait religieux est demeuré la plus pérenne des manifestations humaines. avec peut-être la guerre à laquelle il est d'ailleurs régulièrement lié. aux goupillons de toutes obédiences d'introduire les sabres pour ensuite en justifier la douleur. on serait en droit de se demander comment, chargé d'un passif si lourd, il est encore concevable d'en autoriser, sinon l'existence, du moins les exubérances et les inconséquences tant intellectuelles que morales.
la religion, je ne parle pas de sa nature mais de son fait, est synonyme de manipulation, il n'y a pas de hiérarchie dans ces aliénations sectaires que l'on voudrait faire passer pour volontaires; et au noble argument du don de soi on a trop vu se substituer l'acharnement à faucher les consciences pour en déposséder leurs propriétaires. 
il n'est pas dans mes moyens de dénigrer l'irrationnel, je critique ces amphitryons qui s'en estiment maîtres. à des degrés divers chacun en connaît ses propres accès qu'il quantifiera selon son seul discernement.
l'actualité nous permet de constater la pathétique instrumentalisation des ersatz de la foi par des cagots bondieusards. sans craintes de comportements et de propos absolument grotesques, gourous et adeptes se livrent sous nos regards à un déferlement jubilatoire de toute cette haine qu'ils appellent, sans ruser d'avantage, amour. et "l'amour n'est qu'illusion" écrivait Rousseau.
mais franchement, la colère passée, je me réjouis de cette preuve par l'image, par les images, que se sont plu à afficher ces conformistes exaltés. d'abord leurs alliances contre-nature de monothéismes qui s'écharpent depuis des siècles et soudain fusionnels dans l'anathème et la haine de l'autre. ensuite cette course effrénée à qui sera le plus ringard, le plus obsolète. sorte de régurgitation sociale, l'intégrisme réactionnaire s'est paré de ses plus beaux atours pour nous convaincre de son incroyable survivance dans ce pays en 2013. en rétrogradant eux mêmes leurs rituels à des niveaux folkloriques, pour exciter la curiosité médiatique, ils en révèlent l'irréversible anachronisme.