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| RAFI PERETZ |
jeudi 14 février 2013
L'Assemblée a adopté...
mardi 12 février 2013
Pape et homosexualité, le sale engrenage Radzinger
méditons donc.
je traduis largement une enquête de Viviana Pizzi du site infiltrato.it : http://www.infiltrato.it/inchieste/italia/chiesa-e-omosessualita-tra-repressioni-proteste-e-suicidi-la-longa-manus-di-joseph-ratzinger
depuis 1998, sous le pontificat de Jean Paul II qui a Joseph Radzinger pour plus proche conseiller, la répression de l’homosexualité a connu quatre épisodes notoires. cela débute par le suicide de l’écrivain et ancien séminariste sicilien Alfredo Ormando.
revenons en 1981, Radzinger est nommé par le pape Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ministère, (ou dicastère pour parler romain), extrêmement en vue à un moment où nombre de voix progressistes se font entendre au sein de l’Eglise catholique. sa mission, « promouvoir et protéger la doctrine et des mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique », fait rapidement de lui le champion de la chasse aux théologiens de la libération, désormais officiellement réprouvés. dès l’année suivante l’Opus Deiobtient du Vatican ses statuts définitifs, entre autres de ne dépendre que du pape, L’expression intégriste la plus vigoureuse au sein de l’Église,comme le qualifie le théologien Hans Urs Von Balthazar, échappe ainsi aux accusations de secte. S’il parvient à museler les voix dissonantes à l’intérieur de sa chapelle, il n’entend pas non plus les autres Églises chrétiennes, et se montre rétif à tout effort œcuménique. je pense inutile d’aborder sa conception des autres religions...
c’est au cours d’un discours prononcé en décembre dernier devant la Curie Romaine qu’il lance son dernier anathème homophobe. s’inspirant directement des écrits du rabbinBernheim, Grand Rabbin de France, radicalement hostile au mariage pour tous, l’Église redit son grand « oui » à la dignité et à la beauté du mariage comme étant l'expression d'une alliance fidèle et féconde entre l'homme et la femme, le mariage homosexuel en portant atteinte à l’union naturellemenacerait autant la vérité que la paix. de son trône il invitait de la sorte les fidèles à se battre contre ce qu’il présentait comme une déviance contre nature. ce qu’il reprend et développe dans son message lu à l’occasion des Journées Mondiales de la Paix, le 1er janvier 2013 :
La structure naturelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c’est à dire l’union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d’unions qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable... Cette action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, car cela constitue une offense faite à la vérité de la personne humaine, une grave blessure infligée à la justice et à la paix.
le dimanche 16 décembre 2012 une quinzaine de personnes se sont manifestées sur la Place Saint Pierre pendant l’angelus, ils entendaient protester contre l’homophobie vaticane en brandissant quelques pancartes indiquant : « Joseph, on t’aime » « homophobie=mort » « le mariage gay ne menace pas la paix. les armes oui ». ce qui a stupéfié le monde c’est la réaction de la police italienne associée aux gardes du Vatican. après confiscation musclée puis destruction de leur matériel de propagande, ils se sont vus conduits et retenus au poste, traités comme des terroristes pendant plus d’une heure, au prétexte d’avoir commis, aux yeux de l’Eglise, une abomination et non un simple flash mob. ce type de manifestation est fréquent mais c’est la première fois qu’il suscite une telle répression.
le 13 janvier 1998 : Alfredo Ormando s’immole par le feu sur la Place Saint Pierre pour protester de l’attitude de l’Eglise à l’égard des homosexuels. il meurt après 10 jours d’agonie, officiellement on donne à son geste des motifs familiaux. la date de sa mort est devenue Journée Mondiale pour le Dialogue entre les Religions et l’Homosexualité, son sacrifice aurait pu servir à quelque chose, mais le Vatican a toujours boudé ces rencontres sous l’efficace pression de Monseigneur Ratzinger..
le 03 août 2003 : nouvelle sortie choc du Cardinal-Préfet au nom de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), Les unions homosexuelles sont nocives pour le développement de la société, la tolérance du mal est très différente de sa légalisation. c’est que, arque boutée tant sur les Ecritures que sur l’Institution Romaine, la CDF prépare un arsenal argumentaire visant à contrer ce projet venu de Bruxelles qui tendrait à promouvoir le mariage pour tous en Europe.
dès lors la Curie ne se cache pas de faire pression directement sur le gouvernement italien face à un éventuel projet de légalisation, mais elle ne se prive pas d’adresser des messages clairs à tous les gouvernements. de même, partout en Europe, l’Eglise s’active à tous niveaux pour que, du paroissien de base au sommités dirigeantes, chacun s’arme contre la monstruosité à venir. la lutte n’a pas été facile pour les militants d’ARCIGAY, plus que tout autre présents sur ce front contre l'homophobie vaticane.
l’association des croyants gay Emmanuele déclare à propos du travail de la CDF quil n'a pas été créé à l'écoute de la personne, mais d'une réflexion détachée de toute référence à la vie, dogmatique et impérative. le résultat d'une théologie conservatrice qui prétend entrer dans les consciences des hommes et au sein du gouvernement. Il s'agit d'une régression par rapport à la grande liberté et ouverture du Concile Vatican II. Mais le peuple de Dieu prend maintenant une direction différente de cette théologie.
le 08 12 2008 : le Pape Benoît XVI s’est exprimé négativement au sujet de la proposition française à l’ONU de dépénaliser l’homosexualité, dans l’enceinte de l’Assemblée Monseigneur Migliore oppose le véto du Vatican en son nom. une manifestation LGBT spontanée se regroupe sur la Place Pie XII (frontière entre l’Italie et le Vatican) pour exiger leurs droits. Gay in Piazza est né. la manif évolue en sit in puis veillée aux chandelles au cours de laquelle sont commémorés les homosexuels qui dans 80 pays sont tués, torturés et emprisonnés du seul fait de ce qu’ils sont. la députée transgenre Vladimir Luxuria présenta un nœud coulant pour symboliser la fraternité internationale des gay, puis demanda une audience auprès du Pape qu’il n’a jamais obtenue, bien sûr.en 2008 neuf pays appliquaient la peine de mort à l'encontre des homosexuels.
le 14 décembre 2012 : le Pape reçoit et béni Rebecca Kadaga promotrice de la loi qui instituera la peine de mort pour les homosexuels en Ouganda. loin de s’émouvoir des réactions qu’il provoque, sa nouvelle amie semble l’inspirer quand trois jours plus tard il anathémise le principe de mariage entre personnes de même sexe.
voici un résumé de la carrière et un aperçu du profil de celui qu’on nous présente à l’envie depuis deux jours comme un très grand théologien, un humaniste doué d’une écoute extraordinaire. cet homme est une souffrance et une insulte permanente pour tous les homosexuels, croyants ou non. en 2013 six pays appliquent la peine de mort pour homosexualité réelle ou supposée, et dans plus de 60% l'homophobie a force de loi, et ailleurs nombreux sont ceux qui se sentent autorisés à y penser très fort. les prises de positions tranchées du premier des catholiques ne sont pas étrangères à cet état de fait.dimanche 10 février 2013
...Καίτη Μπελίντα "λατρεία μου"
λατρεία μου, ça veut dire "mon amour". dans quelque langue que ce soit, ce sont des mots que je souhaite à tous d'avoir prononcé un jour. en avoir connu le vertige, l'implicite abandon de soi qu'ils supposent. cet instant de transcendance qu'ils inscrivent dans une relation, ce "point phosphoreux où toute la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée, et par quoi ??? : un point de magique utilisation des choses." pour citer Artaud.
voilà que tous ces derniers jours, privé de mon amour, je me suis laissé absorber par le débat à l'Assemblée Nationale, de bruit de fond, l'émission est devenue le moment fort de mes journées. voir vivre, dans son cadre naturel rouge et or, cette petite communauté d'élus, donc de gens bien, s'imaginant débattre du droit des autres m'a positivement ravi. moi, jadis farouche opposant du mariage en tout genre, il m'a d'abord fallu déminer mes propres contradictions. assumer mon propre débat interne. dilemme vite résolu à l'écoute de l'argumentaire réactionnaire. en effet, le mariage ne fut qu'un prétexte, et très vite ces esprits supérieurs y substituèrent des termes repoussoirs : PMA, GPA comme autant d'alarmantes poupées vaudou toutes prêtes à nuire, chacune représentant, dans l'exposé, l'aboutissement dramatique du danger homosexuel. mais aussi le danger de la science, cette folie sur laquelle on s'appuie sans en rien maîtriser, et pire encore, dont les lois s'opposent diamétralement à celles de la Nature éternelle et matricielle si souvent invoquée ces jours-ci. le ridicule absolu de certains intervenants venant opportunément garantir le sérieux de leurs complices. comme au théâtre. affaire de dosage, la pièce fut bonne, de toute façon la fin était connue de tous.
cependant comme dans toute farce, il y a, par sa négation même, le point de vue tragique qui l'inspire. ce drame social dont émane son délire.
vu de mon coin, le fait de remettre en cause l'actuel cadre social ne me pose pas problème intellectuellement, même s'il en va parfois différemment au quotidien... mais le risque de l’émergence de l'affirmation homosexuelle dans les dogmes de la morale petite bourgeoise est patent. ce système patiemment élaborée des siècles durant sur des axiomes judéo-chrétiens arrangés et des classifications d'Ancien Régime, reprend à son compte le modèle de la Valeur Morale partagée garantissant l'aliénation des petits et interdisant l'émancipation des différences. l'argument qui fait du mariage pour tous le ralliement d'un groupe marginal à ces valeurs n'illusionnera qu'un temps les plus crédules. la revendication réelle est la visibilité sociale, la normalisation, la banalisation. il ne s'agit pas d'un phénomène de groupe mais d'un phénomène humain beaucoup plus ample qui induit de larges évolutions culturelles. il n'y a de ralliement qu'à l'individualisme qui est la revendication dominante depuis près d'un siècle. la liberté individuelle est une notion tellement neuve que le législateur lui court sans cesse derrière pour en imaginer des contours.
le mouvement s'accélère, la libération serait-elle proche? à en croire les argumentaires déroulées contre nous, cette proximité me semble devoir se compter sur des échelles de temps géologiques.
maintenant tango et instants de poésie pure :
mercredi 6 février 2013
les ébats des antis du débat
j'ai toujours pensé de la foi qu'elle devait demeurer du domaine de l'intime, tout au plus du privé. si certains, c'est concevable, ont besoin de la religion pour exprimer le lien social que cela représente à leurs yeux, il me semble extrêmement juste de contraindre ses manifestations en des places et des temps dévolus. pour ne pas paraitre extrêmement coercitif j'ajouterai que seule la liberté des consciences justifie cet encadrement rigoureux.
le fait est que chargé d'une histoire si lourde, combien de fois terrifiante, ou plutôt que l'édifier il rabaissa l'humain à ses plus basses passions et s'employa à le maintenir dans une dépendance mentale pathologiquement idiote et économiquement avilissante, le fait religieux est demeuré la plus pérenne des manifestations humaines. avec peut-être la guerre à laquelle il est d'ailleurs régulièrement lié. aux goupillons de toutes obédiences d'introduire les sabres pour ensuite en justifier la douleur. on serait en droit de se demander comment, chargé d'un passif si lourd, il est encore concevable d'en autoriser, sinon l'existence, du moins les exubérances et les inconséquences tant intellectuelles que morales.
la religion, je ne parle pas de sa nature mais de son fait, est synonyme de manipulation, il n'y a pas de hiérarchie dans ces aliénations sectaires que l'on voudrait faire passer pour volontaires; et au noble argument du don de soi on a trop vu se substituer l'acharnement à faucher les consciences pour en déposséder leurs propriétaires.
il n'est pas dans mes moyens de dénigrer l'irrationnel, je critique ces amphitryons qui s'en estiment maîtres. à des degrés divers chacun en connaît ses propres accès qu'il quantifiera selon son seul discernement.
l'actualité nous permet de constater la pathétique instrumentalisation des ersatz de la foi par des cagots bondieusards. sans craintes de comportements et de propos absolument grotesques, gourous et adeptes se livrent sous nos regards à un déferlement jubilatoire de toute cette haine qu'ils appellent, sans ruser d'avantage, amour. et "l'amour n'est qu'illusion" écrivait Rousseau.
mais franchement, la colère passée, je me réjouis de cette preuve par l'image, par les images, que se sont plu à afficher ces conformistes exaltés. d'abord leurs alliances contre-nature de monothéismes qui s'écharpent depuis des siècles et soudain fusionnels dans l'anathème et la haine de l'autre. ensuite cette course effrénée à qui sera le plus ringard, le plus obsolète. sorte de régurgitation sociale, l'intégrisme réactionnaire s'est paré de ses plus beaux atours pour nous convaincre de son incroyable survivance dans ce pays en 2013. en rétrogradant eux mêmes leurs rituels à des niveaux folkloriques, pour exciter la curiosité médiatique, ils en révèlent l'irréversible anachronisme.
mercredi 16 janvier 2013
les pharisiens dans la rue
je vous regarde, je vous écoute. troupeau docile derrière vos pasteurs démasqués. vous bêlez votre leçon apprise par cœur comme les premiers de la classe ânonnent un poème qu'ils ne comprendront jamais. pancartes imprimées, slogans éprouvés, vous vous donnez le sentiment d'être contre, vous qui avez toujours été pour. pour l'ordre, pour la loi, pour la foi. sans jamais vous interroger davantage. sans oser critiquer. vous qui avez toujours été lisses, comme il faut, bien pensants et normatifs. qu'imaginez-vous que vous êtes? des penseurs? des modèles?
vos chefs vous autorisent ce combat séduisant aux formes atypiques, ce qui déjà vous exalte. vous vous agitez de l'exotisme de la situation, de cette mise en scène savante qui, bien que minuscules et médiocres, vous fait paraitre gigantesques et clairvoyants.
je vous regarde, tout excités que vous êtes de votre démarche, de votre force, de votre pouvoir. vos regards satisfaits me disent qui vous êtes vraiment. il y règne une joie indécente et coupable qui s'assume parce qu'elle se partage entre vous. elle vous sert de reconnaissance complice. la joie d'être du bon côté au bon moment. une joie si française, si facile, celle des versaillais ou des vichystes. de ceux qui se taisent toujours, même après Charonne, même après avoir vu pendant des mois les défilés de prisonniers nus dans les rues de Drancy. ceux qui, après, élèvent des monuments et y déposent fleurs et lacrimatoires. vos yeux ont cette jubilation qui se partage aux pieds des potences, coupable et triomphante. cette jouissance à se retrouver si nombreux alors que vous vous sentiez si seuls à penser autant de vilaines choses.
mais c'est pour ça que vous êtes là. pour faire la preuve qu'elles ne sont pas si vilaines ces choses. qu'elles sont mêmes des évidences, des banalités. c'est pour ça qu'ils vous ont mis là vos patrons, pour clamer bien haut et en nombre ce ramassis de fausses affirmations, de syllogismes anachroniques, de concepts bêtas, d'allégations hasardeuses, de mensonges avérés, avec la solide assurance des multitudes anonymes, du bon-sens, de l'empirisme personnel devenu commun sous l'effet de la foule. triviaux vous devenez orgueilleux.
je vous regarde, je m'aperçois que vous êtes toujours là avec votre peur qui veut empêcher l'autre de vivre, votre égoïsme irrationnel qui vous permet de croire que vous êtes exemplaires, qu'il n'y a d'autre vérité que la votre. d'autre humanité que celle qui vous sied. votre hypocrisie qui vous permet de simplifier, caricaturer, moquer, et par dessus tout vous procure cette douce satisfaction d'avoir tout compris et de pouvoir tout expliquer.
je regarde les couards que vous avez toujours été, si résolus dans les mains de vos maîtres, à l'abri de vos dogmes antédiluviens, invoquant des dieux que vous trahissez de bonne foi, des enfants que vous n'aimez pas, un Amour qui vous est étranger, un ordre social naturel qui n'existe pas, n'a jamais existé ailleurs que dans les fantasmes rétrogrades des obscurantistes de tout poil lorsqu'ils s'emploient à justifier l'ordre établi nécessaire à leurs intérêts immédiats.
je regarde et je me sens sali de ce que vous êtes, béats de haine, fielleux et jaloux. votre pusillanimité coercitive me désespère autant qu'elle m'interroge. comment pouvez-vous vivre dans votre univers en noir et blanc, bien et mal, beau et laid, mâle et femelle, ces duels réducteurs qui vont à l'infini s'acharner à la destruction de l'altérité?
je vois en vous une humanité désespérante que le néant devrait engloutir aussitôt. vos revendications de démocrates sont de fait le relais présent de la masse des arbitraires que répand depuis la nuit des temps un peuple de cul-terreux analphabètes.
voilà donc ce qu'à mes yeux vous représentez, la bêtise éternelle, normal que vous vous soyez retrouvé si nombreux.
..."Mais malheureux êtes-vous, Pharisiens, vous qui versez la dîme de la menthe, de la rue et de tout ce qui pousse dans le jardin, et qui laissez de côté la justice et l'amour de Dieu. Malheureux êtes-vous, Pharisiens, vous qui aimez les premiers sièges dans les synagogues et les salutations sur les places publiques. Malheureux, vous qui êtes comme ces tombes que rien ne signale et sur lesquelles on marche sans le savoir... Vous aussi légistes vous êtes malheureux, vous qui chargez les hommes de fardeaux accablants, et qui ne touchez pas vous mêmes d'un seul de vos doigts un seul de ces fardeaux. Malheureux vous qui bâtissez le tombeau des prophètes alors que ce sont vos pères qui les ont tués."... Luc.
dimanche 13 janvier 2013
Одеса
j’en connais ce que j’en ai lu, Isaac Babel évidemment, ou vu, Eisenstein…, l’escalier, Potiemkinskaya Lestnitsa depuis le film, bien sûr. l'Histoire, du Plessis duc de Richelieu ou la Grande Catherine…;ou l'histoire, les séjours du Tsar, en famille. bains de mer pour les hommes, nus, jeunes et vigoureux, les uniformes blancs, plus beaux que des smokings, envahissant la ville pour s’y gaver des plaisirs de l’été. photos jaunies, écaillées, l’aïeul y prend la pose, sur l'escalier encore, devant l'église, devant la mer exhibant une gourmandise, reliques domestiques, religieusement transmises de génération en génération, comme les Latins mâles le faisaient de leurs Lares.
l'hôtel, j'imagine que la direction applique toujours les directives esthétiques établies du temps de l'URSS à l'intention des étrangers. ça n'ébranlera pas le vieux communiste indulgent que je suis, mais à l'inverse Guillaume, en état de choc, examine cet ensemble qui intègre tous les travers du mauvais goût nouveaux-riches : rigueur extrême de la jeunesse... la réceptionniste fait du mieux qu'elle peut pour nous parler en français. c'est gentil. elle est gentille d'ailleurs, jusqu'à ce que je lui demande un seul lit... il semblerait que dès cet instant sa survie même est menacée, "chambre double, monsieur, chambre double s'il vous plaît...", c'est une supplique pas une exigence. elle est visiblement affligée, c'est vrai que le groom service a l'air tordu. j’acquiesce sans palabres pour les deux lits. nous découvrirons peu après que chacun peut contenir au moins trois personnes vindicatives. Guillaume se croit obligé de lui parler de la branche odessite de ma généalogie, visiblement la jeune fille ne comprend pas que, depuis la Révolution, j'ai déjà perdu mes racines ukrainiennes. dans son esprit la Révolution c'est 2005. 1917! tu parles!
l'hôtel, j'imagine que la direction applique toujours les directives esthétiques établies du temps de l'URSS à l'intention des étrangers. ça n'ébranlera pas le vieux communiste indulgent que je suis, mais à l'inverse Guillaume, en état de choc, examine cet ensemble qui intègre tous les travers du mauvais goût nouveaux-riches : rigueur extrême de la jeunesse... la réceptionniste fait du mieux qu'elle peut pour nous parler en français. c'est gentil. elle est gentille d'ailleurs, jusqu'à ce que je lui demande un seul lit... il semblerait que dès cet instant sa survie même est menacée, "chambre double, monsieur, chambre double s'il vous plaît...", c'est une supplique pas une exigence. elle est visiblement affligée, c'est vrai que le groom service a l'air tordu. j’acquiesce sans palabres pour les deux lits. nous découvrirons peu après que chacun peut contenir au moins trois personnes vindicatives. Guillaume se croit obligé de lui parler de la branche odessite de ma généalogie, visiblement la jeune fille ne comprend pas que, depuis la Révolution, j'ai déjà perdu mes racines ukrainiennes. dans son esprit la Révolution c'est 2005. 1917! tu parles!
après cet épisode on s'est éloigné de la ville en loups solitaires, avec cette idée curieuse de la voir autrement. des gravats, le sable, et une drôle de chaleur humide qui colle salement entre pull et peau. ça gratte, c'est désagréable. on escalade les restes de chantiers d’une cité invisible, incernable, in-construite, si on peut dire..., de là on ne voit que des signaux épars sur la mer, fixes ou clignotants, ils s'installent dans l'espace à mesure que le jour faiblit, ils disparaitront avec la nuit comme s’ils n’avaient jamais existé.
dans la foulée nous prenons la direction de la cathédrale, les bulbes dorés attirent mon orthodoxie immorale. le pont que nous empruntons enjambe un fleuve noir, dès les premiers pas on ne songe plus qu’à ceux qui se sont jetés, volontaires ou non, de son tablier lugubre, et si l’on parvient à s’extraire de leurs appels c’est pour entendre davantage s’entrechoquer les corps qui furent pendus sous ses arches de pierres. Staline me rentre dans la tête, les SS, les "Bienveillantes", Tchéka, Gestapo...et, en pack, le reste du cauchemar.
enfin sortis de là on marche comme des voleurs pistés, le souffle court après la piqûre de rappel historique. on sinue parmi les gens biens comme il faut, les néo démocrates du trottoir ou du métro. un groupe de fêtards costumés et braillards des deux sexes nous dépasse, nous bouscule sans égards, sans regard. minuit approche, chacun dans son rôle rejoint sa place.
dans la foulée nous prenons la direction de la cathédrale, les bulbes dorés attirent mon orthodoxie immorale. le pont que nous empruntons enjambe un fleuve noir, dès les premiers pas on ne songe plus qu’à ceux qui se sont jetés, volontaires ou non, de son tablier lugubre, et si l’on parvient à s’extraire de leurs appels c’est pour entendre davantage s’entrechoquer les corps qui furent pendus sous ses arches de pierres. Staline me rentre dans la tête, les SS, les "Bienveillantes", Tchéka, Gestapo...et, en pack, le reste du cauchemar.
enfin sortis de là on marche comme des voleurs pistés, le souffle court après la piqûre de rappel historique. on sinue parmi les gens biens comme il faut, les néo démocrates du trottoir ou du métro. un groupe de fêtards costumés et braillards des deux sexes nous dépasse, nous bouscule sans égards, sans regard. minuit approche, chacun dans son rôle rejoint sa place.
quel est ici, ou ailleurs, le sens de ce premier jour de l’année? de la rapidité, de la simplicité avec laquelle les choses se défont ? puis recommencent…, un leurre chronologique. Odessa, elle, est comme un banc vide placé devant la Mer Noire. son nonchaloir est celui des dépressifs, son humeur ressemble assez à celle des gares abandonnées en rase campagne. avec en sus quelques wagons rouillés, amputés de leurs meilleurs morceaux. on lit : "cité balnéaire","méditerranéenne", j'ai la certitude de traverser un décor, je suis persuadé que seules les façades sont entretenues, au-delà c'est tout pourri, j'en suis convaincu. paranoïa, amertume. j'éprouve la même chose chez moi en Corse, tout est faux, illusoire; mis en place pour d'autres yeux que ceux des locaux, seulement pour ceux qui viennent vérifier l'authenticité du monde, leur monde, sécuriser leur album interne, rassurer leur sens du beau, du bien, du bon.
l'après-midi à 14 heures, devant la gare, depuis Guillaume ne m'a plus rappelé de prendre contact avec "ma famille", aurais-je enfin réussi à lui faire intégrer que ça ne m'intéressait pas? sa jolie tête, à l'intérieur de laquelle cohabitent un fils-frère-cousin-oncle-beau-frère...etc sur x générations, le tout plus discipliné qu'affectueux d'ailleurs, semble enfin avoir admis ce fait. je vois bien qu'il ne comprend pas mon aversion, il me la concède alors qu'il ne peut pas la concevoir. c'est culturel.
2 janvier, promenade "hors des sentiers battus", nous traversons ce que nous pensons être une embouchure, une végétation alternée, entre la jungle et la rizière, entité qui fut soudain l’objet d’une pluie violente et non tropicale. Liman Kuyalnik, une lagune réputée pour ses bains de boue, une manifestation de la plénitude du mal en fait. je cherchais dans ma mémoire une introuvable correspondance au sentiment qui m’envahissait. marcher pesamment dans l’assourdissant vacarme de l’eau, dessus, dessous, comme des cris, ceux de l’arène qui cerne l’animal; et je me pris à penser qu’il me serait peut-être permis de mourir, ne fut-ce que par politesse… afin de ne pas trahir ma nature, mon humanité...même militaire sur les rives d'un Danube saisit par la glace je n'avais ressenti une telle lassitude. en fait j'ai horreur du contact des vêtements mouillés, une répulsion carrément monomaniaque.
l'après-midi à 14 heures, devant la gare, depuis Guillaume ne m'a plus rappelé de prendre contact avec "ma famille", aurais-je enfin réussi à lui faire intégrer que ça ne m'intéressait pas? sa jolie tête, à l'intérieur de laquelle cohabitent un fils-frère-cousin-oncle-beau-frère...etc sur x générations, le tout plus discipliné qu'affectueux d'ailleurs, semble enfin avoir admis ce fait. je vois bien qu'il ne comprend pas mon aversion, il me la concède alors qu'il ne peut pas la concevoir. c'est culturel.
2 janvier, promenade "hors des sentiers battus", nous traversons ce que nous pensons être une embouchure, une végétation alternée, entre la jungle et la rizière, entité qui fut soudain l’objet d’une pluie violente et non tropicale. Liman Kuyalnik, une lagune réputée pour ses bains de boue, une manifestation de la plénitude du mal en fait. je cherchais dans ma mémoire une introuvable correspondance au sentiment qui m’envahissait. marcher pesamment dans l’assourdissant vacarme de l’eau, dessus, dessous, comme des cris, ceux de l’arène qui cerne l’animal; et je me pris à penser qu’il me serait peut-être permis de mourir, ne fut-ce que par politesse… afin de ne pas trahir ma nature, mon humanité...même militaire sur les rives d'un Danube saisit par la glace je n'avais ressenti une telle lassitude. en fait j'ai horreur du contact des vêtements mouillés, une répulsion carrément monomaniaque.
Je cherchais le sens du jour de l’an… il doit se trouver dans cet étrange et assourdissant chaos, une invraisemblable matrice qui amorce sa remise en marche.
j'allais pour nous acheter des cigarettes quand j'ai croisé ma grand-mère. enfin une dame qui lui ressemblait trait pour trait, tellement que j'ai pas pu m'empêcher de lui sourire. échange, ce fut bref, j'ai voulu y croire et j'ai trouvé ça plutôt agréable. Yaya dans la tête, en fait de tabac je suis rentré dans la première église lui griller quelques cierges, je me signais comme une vieille devant une icône de Saint André qui se trouvait fort opportunément là. elle aurait été contente. elle s'appelait Andréa.
si j'avais raconté ça aussitôt à Guillaume nous serions parti illico rechercher la vieille dame...
les anciens dieux marquaient chaque passage, fut il chronologique ou routier, tous ont le même sens du franchissement, aller au-delà toujours, pour nous préparer au terminus. à l'incompréhensible révélation de leur absence, plus rien à franchir.
heureusement que parfois le temps fait des boucles.
j'allais pour nous acheter des cigarettes quand j'ai croisé ma grand-mère. enfin une dame qui lui ressemblait trait pour trait, tellement que j'ai pas pu m'empêcher de lui sourire. échange, ce fut bref, j'ai voulu y croire et j'ai trouvé ça plutôt agréable. Yaya dans la tête, en fait de tabac je suis rentré dans la première église lui griller quelques cierges, je me signais comme une vieille devant une icône de Saint André qui se trouvait fort opportunément là. elle aurait été contente. elle s'appelait Andréa.
si j'avais raconté ça aussitôt à Guillaume nous serions parti illico rechercher la vieille dame...
les anciens dieux marquaient chaque passage, fut il chronologique ou routier, tous ont le même sens du franchissement, aller au-delà toujours, pour nous préparer au terminus. à l'incompréhensible révélation de leur absence, plus rien à franchir.
heureusement que parfois le temps fait des boucles.
mardi 20 novembre 2012
dura lex...
demain, il se peut, se peut-il?, je devrais récupérer mon permis de conduire... je suis complètement angoissé. je regarde la convocation qui dit "en fin de matinée", c'est un micro-évènement certes, mais pour qui vit ici, il sait combien l'usage d'un véhicule est absolument essentiel, vital. depuis presque un an je dépends de l'un ou de l'autre, de mon téléphone. je me suis rendu compte que jamais personne ne m'a laissé tomber, des gens très différents et très différents de moi aussi. j'ai fait chier un maximum de monde... sans jamais entendre le moindre reproche, la plus petite réflexion. pas une seule fois on m'a fait la gueule, au contraire chacun minimisait son effort. un an! je ne sais pas si je rencontrerais la même solidarité ailleurs, le deal implicite étant "je sais que ce que je fais tu le ferais aussi" pour n'importe lequel d'entre nous. "nous" ... et c'est vrai que je me suis senti plus qu'intégré, une forme d'appartenance révélée à cette occasion. sentiment étrange. une amie me disait "tu ressembles à un corse, tu écoutes pareil", émotion.
demain, peut-être, je retrouve mon permis et entre temps j'aurais acquis l'assurance d'appartenir à cette terre.
demain, peut-être, je retrouve mon permis et entre temps j'aurais acquis l'assurance d'appartenir à cette terre.
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